Titre: "Dans mon sang"
Date de réalisation: Août 2008
Temps de réalisation: Environ 4 heures"Dans mon sang"
J'observe l'environnement autour de moi, mon regard naviguant entre le canapé vert et le paysage que l'on peut voir au dehors. J'ai toujours aimé faire ça, rester un peu en retrait, analyser le monde, les gens que je côtoie, leurs réactions. C'est étonnant de constater à quel point les gestes peuvent plus en dire sur vous que vos paroles. Marilyn ma compagne, par exemple, dès qu'elle se mord la lèvre, je peux deviner qu'elle est stressée et si elle est soucieuse elle se mord le pouce. Ce sont des petites choses comme ça, insignifiantes au premier abord, qui définissent entièrement la personnalité d'un être.
Dès que j'ai vu Marilyn, avec sa brillante chevelure rousse, ses yeux chocolats en forme d'amande et surtout son sourire si bienveillant, à tel point que lorsque vous le voyez il vous est impossible de ne pas reproduire ce geste, j'ai su qu'on allait faire un bout de chemin ensemble. Je crois qu'elle n'a même pas eu à gagner mon coeur, elle y avait sa place depuis longtemps, c'était elle que j'attendais et j'en étais sûr. Ca peut vous paraître trop fleur bleue, dégoulinant de romantisme, mais il vient un moment où, lorsque la vie vous a trop malmené, trouver du répit, du bonheur dans les bras de quelqu'un, vous considérez cela comme le seul cadeau que le destin a pu mettre sur votre chemin.
J'entends du bruit provenant de la salle de bain, quelqu'un qui ouvre la porte. Quelques secondes plus tard, mon amour arrive, ses cheveux dégoulinant sur ses épaules dénudées et le corps recouvert seulement d'une petite serviette. Je ne vais pas vous le cacher, à ce moment là, mon esprit de mâle pervers se réveille. Je lui fais un petit sourire en coin, et elle s'approche de moi, s'installant à califourchon sur mes genoux, prenant en même temps possession de mes lèvres. Le baiser, d'abord en surface, devient subitement langoureux lorsque je titille sa lèvre inférieure avec ma langue et qu'elle m'autorise à aller rejoindre la sienne. Débute alors une danse infernale, sensuelle, où nos deux muscles semblent vouloir ne faire qu'un. Pour lui montrer clairement que je la désire, je descends mes mains et les posent sur ses fesses, les malaxant légèrement. Elle comprend immédiatement le message, et je sens un sourire s'étalé sur ses lèvres à travers notre baiser. Je plonge alors ma tête dans son cou, lui murmurant:
-Tu sens bon, tu sens le gel douche à la noix de coco...
-Oui, je sais que ça t'excite...
Sa voix, rien que sa voix est orgasmique. Elle commence à m'enlever mon tee-shirt, puis descend vers mes tétons, les mord, suce, aspire, et d'autres tortures plus agréables les unes que les autres, tellement que je ne peux retenir des gémissements. Elle passe la main sur la bosse de mon pantalon, qui est déjà bien formée, et me fait un regard pouvant signifier « Oh, vilain garçon! ». Tout à coup, j'échange nos places, l'allongeant sous moi, et lui retirant sa serviette par la même occasion. Elle est là, nue, ses cheveux dispersés autour de son visage, ses yeux pétillant de désir et ses lèvres rougies par mes nombreux assauts...
Marilyn elle est belle, Marilyn elle est à moi.
-Tu es magnifique, lui dis-je alors qu'elle m'enlève mon pantalon.
Pantalon bientôt suivit par mon caleçon, lui dévoilant ainsi ma fierté déjà bien dressée. J'embrasse tout son buste, m'arrêtant à son nombril où je mime l'acte sexuel, rentrant et sortant ma langue. Je l'entends soupirer au dessus de ma tête, et cela accentue mon envie. Ne pouvant plus tenir, j'attrape le préservatif posé sur la table et me le met. Une fois cela fait, je plonge mon regard dans le sien, j'ai l'habitude de faire ça, comme si je lui demandais son accord, et la pénètre doucement. Elle gémit fortement, alors que j'accélère mes allées et venues, me hurle des « Plus fort » ou « J'aime », entrecoupés de mon prénom. Dieu que j'aime ça, être en elle et lui donner du plaisir.
Je sens cette douce chaleur autour de mon sexe, elle m'envahit et je gémis moi aussi, lui hurlant mon amour et mon plaisir.
J'accélère encore et encore, faisant cogner nos bassins et sentant ses ongles s'enfoncer dans ma peau. Au comble de l'extase, je me libère, me retire et me lève pour jeter le préservatif.
Préservatif qui nous aura bien servit puisque je suis séropositif.
C'est le genre de chose qui vous arrive subitement, qui s'abat sur votre vie et écrase tout sur son passage. Je l'ai contracté en couchant avec une fille, Sarah, notre relation était en fait une sorte d'amitié améliorée, dés que l'un de nous avait envie de sexe, ça se faisait, sans sentiments. Elle prenait la pilule, me garantissait qu'elle se protégeait, alors le préservatif m'a vite semblé inutile. Ce que je ne savais pas, c'était que le sida se transmet aussi par la fellation, et que pour ça, elle n'était pas prudente. Donc, quelques mois plus tard, elle est venue m'annoncer, de but en blanc, sans aucun tact mais en toute franchise, qu'elle était atteinte du VIH, me recommandant de faire moi aussi le test. Je dois avouer que j'ai mis longtemps à le faire, je me baignais d'illusions, pensant
probablement que si je n'acceptais pas la maladie, elle ne prendrait pas possession de mon corps. Mon hésitation a duré 3 mois, jusqu'à ce que je pense à toutes les personnes que j'avais pu contaminées, car il faut dire que j'étais un sacré coureur de jupons, et qui vivaient sans se douter qu'elles étaient en danger de mort. J'étais subitement dégoûté de moi-même, de ma lâcheté et de mon inconscience, je ne pouvais pas vivre avec ça. J'ai alors quitté mon travail en plein après-midi, ait traversé la ville afin de faire ce maudit test. En attendant d'avoir les résultats, j'avais entrepris la lourde tâche d'appeler mes anciennes conquêtes, commençant pour les plus récentes. J'ai alors compris qu'il n'était pas plus facile d'apprendre cette triste nouvelle que de l'annoncer, ce qui m'a permis de pardonner Sarah pour son manque de délicatesse. Vous avez beau essayez, annoncer à quelqu'un qu'il va peut-être mourir n'est jamais agréable, même si vous y mettez le plus de douceur possible, le résultat reste le même; du désespoir et le sentiment que votre vie, si elle ne s'arrête pas, sera considérablement changée.
Puis est venu le jour des résultats. Malgré qu'on y soit préparé, en avoir la confirmation fait un drôle de choc, l'impression qu'une plaque de béton vous tombe dans l'estomac. La semaine suivante, j'ai commencé ma trithérapie, et j'ai tout dit à mes parents. Même si ils m'ont soutenu, j'ai bien vu la lueur de déception dans leur regard, leur fils unique était condamné et n'aurait probablement pas d'enfants. J'ai continué de rechercher mes conquêtes, par chance, aucune à ce jour n'avait le sida, mais il m'en restait encore à retrouver.
On m'avait dit que c'était lorsque vous étiez le plus au fond du trou, que vous croyez que votre vie ne sera faite que de désolation, qu'une leur de bonheur arrive. Et bien,dans mon cas, cela est vrai. Marilyn, était infirmière à l'hôpital où je suivais mon traitement, elle me plaisait depuis longtemps mais je n'osais pas faire le premier pas. Je m'interdisais toute nouvelle relation, d'une part par peur de transmettre ma maladie et d'autre part car je savais que je risquais de mourir. C'est donc elle qui est venue me voir, qui m'a embrassé pour la première fois. Pour ce qui est de faire l'amour, elle a dû m'assurer que le préservatif était plus qu'efficace. J'avais, j'ai toujours, le sentiment de dépendre d'elle, de n'être qu'un boulet l'empêchant de faire sa vie avec un homme bien, de construire une famille, d'être heureuse...
Au jour d'aujourd'hui, il ne me reste plus qu'une de mes aventures à trouver, elle s'appelle Lilas. Je me suis dis qu'elle, je n'allais pas l'appeler, je vais sonner à sa porte et affronter mes pêchés en face, accompagné de Marilyn. Nous voilà donc à la porte d'une petite maison, construite récemment vu son architecture extérieure, attendant que sa propriétaire nous laisse entrer. A peine quelques secondes plus tard, Lilas apparaît, ses cheveux noirs ébènes lui descendant jusqu'aux fesses, faisant ressortir ses yeux verts, portant une robe rouge. Je vois dans son regard qu'elle ne me reconnaît pas, moi aussi si je l'avais revue dans d'autres circonstances, j'aurais eu la même réaction. Et puis, les traitements m'ont beaucoup changé physiquement.
-Bonjour, je m'appelle Sébastien, je pense que tu ne te rappelles pas de moi mais nous avons passé une nuit ensemble, j'ai quelque chose d'important à te dire, est-ce qu'on pourrait entrer? Lui dis-je précipitamment afin de cacher mon trouble.
-Euh...oui, oui, bien sûr, me répond-t-elle en se décalant, nous laissant le passage libre.
Je m'installe sur son canapé blanc, Marilyn à côté de moi et Lilas face à nous. Je sens son regard pesé sur moi, attendant que je parle.
-Bien, ce n'est pas facile mais je ne vais pas y aller par quatre chemins. Tu sais, tu n'es pas la seule fille que j'ai connu, enfin tu t'en doutes, et parmi les autres il y en a une qui...
Je n'arrive pas à continuer, ma voix se brouille, se casse, les sons restent coincés au fond de ma gorge. Je regarde Marilyn, qui me fait un regard compatissant, ce qui me donne le courage de continuer.
-Qui a le sida et je...
Je m'arrête encore, c'est décidément trop dur, je ne peux pas lui dire qu'à cause de moi sa vie est foutue. Je relève la tête et croise ses yeux, on peut y lire de l'incompréhension. J'aurais aimé qu'elle déduise tout, mais je sais très bien qu'accepter ne serait-ce que le risque qu'on puisse être séropositif est extrêmement difficile. Je ressens une pression sur ma main, Marilyn, décidément sans elle je serais fichu.
-Moi aussi je l'ai.
Je vois Lilas mettre sa main sur sa bouche, étouffant un cri à mi-chemin entre l'horreur et la surprise.
-Tu es sûr?
-Oui.
Sur mes conseils, elle prend la décision de se rendre immédiatement au centre de dépistage. Elle est bien plus courageuse que moi...Enfin, nous décidons quand même de l'accompagnée à son test, je ne peux pas la laissée affronter ça toute seule. Voir l'aiguille se planter dans son bras me rappelle tellement ce que j'ai vécu, je suis horrifié à l'idée que le résultat pourrait être le même pour elle. Je me dirige en courant vers les toilettes, me penche au bord de la cuvette et vomit tout mon dégoût envers la vie et moi-même. Si je n'avais pas été stupide, Lilas ne serait pas là aujourd'hui, mon couple aurait un avenir, mes parents n'auraient pas eu à se faire à l'idée de perdre leur fils.
Je sens quelqu'un qui me caresse doucement le dos et me relève les cheveux.
-Tu as bien fait de lui dire, me murmure doucement Marilyn.
-Je me déteste, si tu savais combien je me déteste, je sanglote en me jetant dans ses bras, je suis pitoyable, je vais peut-être causer la mort de cette fille, je t'empêche d'avoir la vie que tu mérites...
-Arrête de dire des bêtises, ma vie tu la rends plus belle. Tu sais très bien que je ne peux pas vivre sans toi, je donnerais tout ce que j'ai pour ce que ce soit moi qui ait cette putain de maladie...
Je voudrais lui répondre, lui dire qu'elle ne sait pas ce que c'est que d'être comme moi, de vivre en se demandant si on se réveillera le lendemain matin, que cracher du sang n'a rien de plaisant, mais je me sens trop faible pour lui dire.
Deux semaines sont passées, cet après-midi, Lilas doit avoir ses résultats, et je vais l'accompagnée, seul. Je suis devant le centre de dépistage et la vois arrivée, la tête baissée.
-Bonjour, me dit-elle timidement.
-Ca va?
-Pas vraiment non.
-Je le sais.
Je ne suis pas capable de la réconforter, ça ne servirait à rien sinon à lui donner de faux espoirs.
-Je me demandais, comment tu arrives à vivre avec ça? M'interroge-t-elle.
-Je n'y arrive pas, chaque jour je m'indigne, je me demande comment ça a pu m'arriver à moi, qu'est-ce que j'ai bien pu faire de mal, et je n'ai pas de réponse. C'est sûrement mon destin, je lui réponds le plus sincèrement du monde.
Elle reste silencieuse et commence à s'avancer vers le bâtiment, je lui emboîte le pas. Je crois que c'est encore plus éprouvant que le jour où je suis venu chercher mes propres résultats. La dame de l'accueil ne nous fait pas attendre et donne à Lilas un papier, qui pourrait bien faire basculer sa vie. Elle le parcourt des yeux, je guette une réaction, mais rien. Alors elle me le tend et je peux lire:
<<Séronégative>>
Je ne peux empêcher un cri de soulagement et vois Lilas pleurer devant moi. Je la serre dans mes bras, lui murmurant que son cauchemar est fini, le mien aussi quelque part...
Je la raccompagne à sa voiture, elle me sourit et me souhaite bonne chance.
Je rentre dans mon appartement, cours vers Marilyn et la porte, la faisant tournoyer dans les airs.
-Elle n'a rien, elle n'a rien! Je lui hurle dans les oreilles.
Elle ma sourit et encadre mon visage de ses mains, déposant un baiser, douce caresse, sur mes lèvres. Je la dépose à terre, telle une plume, la regarde dans les yeux et lui dis:
-Je peux mourir maintenant, je n'ai contaminé personne.
Je vois ses yeux s'embués de larmes, qu'elle sèche bien vite. Ensuite, nous mangeons, nous lavons et nous mettons vite au lit. Avant de m'endormir, je lui murmure doucement, en lui caressant ses joues de porcelaine:
-Tu belle Marilyn, tu es mienne Marilyn.
Le lendemain matin, je me réveille, tâtonnant à côté de moi pour trouver sa chaleur mais ne trouve rien. Je me lève précipitamment, boosté par la peur, cours vers le salon et y trouve une aiguille vide où il est écrit <<sang de Sébastien>>, accompagné d'un mot, écrit de la main de mon amour:
<<Tu m'as contaminée, tu ne peux pas mourir. Je t'aime.>>
Elle est belle Marilyn, elle est mienne Marilyn, elle va mourir par amour pour moi Marilyn.