Une présentation s'impose

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Lecteurs assidus, vous trouverez ici de quoi étancher votre soif! Pleins de textes traînaient sur mon ordinateur alors j'ai décidé de vous en faire part, de les soumettre à votre jugement.
Je tiens à vous prévenir: certains auront de très fortes connotations sexuelles, d'autres mettront en scène deux personnes du même sexe (donc Yaoi ou Yuri) et enfin il se pourrait que certaines aient pour personnages principaux le smembres de Tokio Hotel, alors si vous n'acceptez pas ceci, vous êtres prié de bien vouloir dégager d'ici et de clier sur la petite croix rouge en haut à droite.

Pour les autres, BONNE LECTURE!





Enya.


CLIQUE!!!

# Posté le jeudi 27 août 2009 07:48

Modifié le samedi 12 septembre 2009 12:47

OS Premier: "Dans mon sang"






Titre: "Dans mon sang"
Date de réalisation: Août 2008
Temps de réalisation: Environ 4 heures





"Dans mon sang"




J'observe l'environnement autour de moi, mon regard naviguant entre le canapé vert et le paysage que l'on peut voir au dehors. J'ai toujours aimé faire ça, rester un peu en retrait, analyser le monde, les gens que je côtoie, leurs réactions. C'est étonnant de constater à quel point les gestes peuvent plus en dire sur vous que vos paroles. Marilyn ma compagne, par exemple, dès qu'elle se mord la lèvre, je peux deviner qu'elle est stressée et si elle est soucieuse elle se mord le pouce. Ce sont des petites choses comme ça, insignifiantes au premier abord, qui définissent entièrement la personnalité d'un être.
Dès que j'ai vu Marilyn, avec sa brillante chevelure rousse, ses yeux chocolats en forme d'amande et surtout son sourire si bienveillant, à tel point que lorsque vous le voyez il vous est impossible de ne pas reproduire ce geste, j'ai su qu'on allait faire un bout de chemin ensemble. Je crois qu'elle n'a même pas eu à gagner mon coeur, elle y avait sa place depuis longtemps, c'était elle que j'attendais et j'en étais sûr. Ca peut vous paraître trop fleur bleue, dégoulinant de romantisme, mais il vient un moment où, lorsque la vie vous a trop malmené, trouver du répit, du bonheur dans les bras de quelqu'un, vous considérez cela comme le seul cadeau que le destin a pu mettre sur votre chemin.
J'entends du bruit provenant de la salle de bain, quelqu'un qui ouvre la porte. Quelques secondes plus tard, mon amour arrive, ses cheveux dégoulinant sur ses épaules dénudées et le corps recouvert seulement d'une petite serviette. Je ne vais pas vous le cacher, à ce moment là, mon esprit de mâle pervers se réveille. Je lui fais un petit sourire en coin, et elle s'approche de moi, s'installant à califourchon sur mes genoux, prenant en même temps possession de mes lèvres. Le baiser, d'abord en surface, devient subitement langoureux lorsque je titille sa lèvre inférieure avec ma langue et qu'elle m'autorise à aller rejoindre la sienne. Débute alors une danse infernale, sensuelle, où nos deux muscles semblent vouloir ne faire qu'un. Pour lui montrer clairement que je la désire, je descends mes mains et les posent sur ses fesses, les malaxant légèrement. Elle comprend immédiatement le message, et je sens un sourire s'étalé sur ses lèvres à travers notre baiser. Je plonge alors ma tête dans son cou, lui murmurant:

-Tu sens bon, tu sens le gel douche à la noix de coco...
-Oui, je sais que ça t'excite...

Sa voix, rien que sa voix est orgasmique. Elle commence à m'enlever mon tee-shirt, puis descend vers mes tétons, les mord, suce, aspire, et d'autres tortures plus agréables les unes que les autres, tellement que je ne peux retenir des gémissements. Elle passe la main sur la bosse de mon pantalon, qui est déjà bien formée, et me fait un regard pouvant signifier « Oh, vilain garçon! ». Tout à coup, j'échange nos places, l'allongeant sous moi, et lui retirant sa serviette par la même occasion. Elle est là, nue, ses cheveux dispersés autour de son visage, ses yeux pétillant de désir et ses lèvres rougies par mes nombreux assauts...
Marilyn elle est belle, Marilyn elle est à moi.

-Tu es magnifique, lui dis-je alors qu'elle m'enlève mon pantalon.

Pantalon bientôt suivit par mon caleçon, lui dévoilant ainsi ma fierté déjà bien dressée. J'embrasse tout son buste, m'arrêtant à son nombril où je mime l'acte sexuel, rentrant et sortant ma langue. Je l'entends soupirer au dessus de ma tête, et cela accentue mon envie. Ne pouvant plus tenir, j'attrape le préservatif posé sur la table et me le met. Une fois cela fait, je plonge mon regard dans le sien, j'ai l'habitude de faire ça, comme si je lui demandais son accord, et la pénètre doucement. Elle gémit fortement, alors que j'accélère mes allées et venues, me hurle des « Plus fort » ou « J'aime », entrecoupés de mon prénom. Dieu que j'aime ça, être en elle et lui donner du plaisir.
Je sens cette douce chaleur autour de mon sexe, elle m'envahit et je gémis moi aussi, lui hurlant mon amour et mon plaisir.
J'accélère encore et encore, faisant cogner nos bassins et sentant ses ongles s'enfoncer dans ma peau. Au comble de l'extase, je me libère, me retire et me lève pour jeter le préservatif.
Préservatif qui nous aura bien servit puisque je suis séropositif.

C'est le genre de chose qui vous arrive subitement, qui s'abat sur votre vie et écrase tout sur son passage. Je l'ai contracté en couchant avec une fille, Sarah, notre relation était en fait une sorte d'amitié améliorée, dés que l'un de nous avait envie de sexe, ça se faisait, sans sentiments. Elle prenait la pilule, me garantissait qu'elle se protégeait, alors le préservatif m'a vite semblé inutile. Ce que je ne savais pas, c'était que le sida se transmet aussi par la fellation, et que pour ça, elle n'était pas prudente. Donc, quelques mois plus tard, elle est venue m'annoncer, de but en blanc, sans aucun tact mais en toute franchise, qu'elle était atteinte du VIH, me recommandant de faire moi aussi le test. Je dois avouer que j'ai mis longtemps à le faire, je me baignais d'illusions, pensant
probablement que si je n'acceptais pas la maladie, elle ne prendrait pas possession de mon corps. Mon hésitation a duré 3 mois, jusqu'à ce que je pense à toutes les personnes que j'avais pu contaminées, car il faut dire que j'étais un sacré coureur de jupons, et qui vivaient sans se douter qu'elles étaient en danger de mort. J'étais subitement dégoûté de moi-même, de ma lâcheté et de mon inconscience, je ne pouvais pas vivre avec ça. J'ai alors quitté mon travail en plein après-midi, ait traversé la ville afin de faire ce maudit test. En attendant d'avoir les résultats, j'avais entrepris la lourde tâche d'appeler mes anciennes conquêtes, commençant pour les plus récentes. J'ai alors compris qu'il n'était pas plus facile d'apprendre cette triste nouvelle que de l'annoncer, ce qui m'a permis de pardonner Sarah pour son manque de délicatesse. Vous avez beau essayez, annoncer à quelqu'un qu'il va peut-être mourir n'est jamais agréable, même si vous y mettez le plus de douceur possible, le résultat reste le même; du désespoir et le sentiment que votre vie, si elle ne s'arrête pas, sera considérablement changée.
Puis est venu le jour des résultats. Malgré qu'on y soit préparé, en avoir la confirmation fait un drôle de choc, l'impression qu'une plaque de béton vous tombe dans l'estomac. La semaine suivante, j'ai commencé ma trithérapie, et j'ai tout dit à mes parents. Même si ils m'ont soutenu, j'ai bien vu la lueur de déception dans leur regard, leur fils unique était condamné et n'aurait probablement pas d'enfants. J'ai continué de rechercher mes conquêtes, par chance, aucune à ce jour n'avait le sida, mais il m'en restait encore à retrouver.
On m'avait dit que c'était lorsque vous étiez le plus au fond du trou, que vous croyez que votre vie ne sera faite que de désolation, qu'une leur de bonheur arrive. Et bien,dans mon cas, cela est vrai. Marilyn, était infirmière à l'hôpital où je suivais mon traitement, elle me plaisait depuis longtemps mais je n'osais pas faire le premier pas. Je m'interdisais toute nouvelle relation, d'une part par peur de transmettre ma maladie et d'autre part car je savais que je risquais de mourir. C'est donc elle qui est venue me voir, qui m'a embrassé pour la première fois. Pour ce qui est de faire l'amour, elle a dû m'assurer que le préservatif était plus qu'efficace. J'avais, j'ai toujours, le sentiment de dépendre d'elle, de n'être qu'un boulet l'empêchant de faire sa vie avec un homme bien, de construire une famille, d'être heureuse...


Au jour d'aujourd'hui, il ne me reste plus qu'une de mes aventures à trouver, elle s'appelle Lilas. Je me suis dis qu'elle, je n'allais pas l'appeler, je vais sonner à sa porte et affronter mes pêchés en face, accompagné de Marilyn. Nous voilà donc à la porte d'une petite maison, construite récemment vu son architecture extérieure, attendant que sa propriétaire nous laisse entrer. A peine quelques secondes plus tard, Lilas apparaît, ses cheveux noirs ébènes lui descendant jusqu'aux fesses, faisant ressortir ses yeux verts, portant une robe rouge. Je vois dans son regard qu'elle ne me reconnaît pas, moi aussi si je l'avais revue dans d'autres circonstances, j'aurais eu la même réaction. Et puis, les traitements m'ont beaucoup changé physiquement.

-Bonjour, je m'appelle Sébastien, je pense que tu ne te rappelles pas de moi mais nous avons passé une nuit ensemble, j'ai quelque chose d'important à te dire, est-ce qu'on pourrait entrer? Lui dis-je précipitamment afin de cacher mon trouble.

-Euh...oui, oui, bien sûr, me répond-t-elle en se décalant, nous laissant le passage libre.

Je m'installe sur son canapé blanc, Marilyn à côté de moi et Lilas face à nous. Je sens son regard pesé sur moi, attendant que je parle.

-Bien, ce n'est pas facile mais je ne vais pas y aller par quatre chemins. Tu sais, tu n'es pas la seule fille que j'ai connu, enfin tu t'en doutes, et parmi les autres il y en a une qui...

Je n'arrive pas à continuer, ma voix se brouille, se casse, les sons restent coincés au fond de ma gorge. Je regarde Marilyn, qui me fait un regard compatissant, ce qui me donne le courage de continuer.

-Qui a le sida et je...

Je m'arrête encore, c'est décidément trop dur, je ne peux pas lui dire qu'à cause de moi sa vie est foutue. Je relève la tête et croise ses yeux, on peut y lire de l'incompréhension. J'aurais aimé qu'elle déduise tout, mais je sais très bien qu'accepter ne serait-ce que le risque qu'on puisse être séropositif est extrêmement difficile. Je ressens une pression sur ma main, Marilyn, décidément sans elle je serais fichu.

-Moi aussi je l'ai.

Je vois Lilas mettre sa main sur sa bouche, étouffant un cri à mi-chemin entre l'horreur et la surprise.

-Tu es sûr?
-Oui.

Sur mes conseils, elle prend la décision de se rendre immédiatement au centre de dépistage. Elle est bien plus courageuse que moi...Enfin, nous décidons quand même de l'accompagnée à son test, je ne peux pas la laissée affronter ça toute seule. Voir l'aiguille se planter dans son bras me rappelle tellement ce que j'ai vécu, je suis horrifié à l'idée que le résultat pourrait être le même pour elle. Je me dirige en courant vers les toilettes, me penche au bord de la cuvette et vomit tout mon dégoût envers la vie et moi-même. Si je n'avais pas été stupide, Lilas ne serait pas là aujourd'hui, mon couple aurait un avenir, mes parents n'auraient pas eu à se faire à l'idée de perdre leur fils.
Je sens quelqu'un qui me caresse doucement le dos et me relève les cheveux.

-Tu as bien fait de lui dire, me murmure doucement Marilyn.
-Je me déteste, si tu savais combien je me déteste, je sanglote en me jetant dans ses bras, je suis pitoyable, je vais peut-être causer la mort de cette fille, je t'empêche d'avoir la vie que tu mérites...
-Arrête de dire des bêtises, ma vie tu la rends plus belle. Tu sais très bien que je ne peux pas vivre sans toi, je donnerais tout ce que j'ai pour ce que ce soit moi qui ait cette putain de maladie...

Je voudrais lui répondre, lui dire qu'elle ne sait pas ce que c'est que d'être comme moi, de vivre en se demandant si on se réveillera le lendemain matin, que cracher du sang n'a rien de plaisant, mais je me sens trop faible pour lui dire.


Deux semaines sont passées, cet après-midi, Lilas doit avoir ses résultats, et je vais l'accompagnée, seul. Je suis devant le centre de dépistage et la vois arrivée, la tête baissée.

-Bonjour, me dit-elle timidement.
-Ca va?
-Pas vraiment non.
-Je le sais.

Je ne suis pas capable de la réconforter, ça ne servirait à rien sinon à lui donner de faux espoirs.

-Je me demandais, comment tu arrives à vivre avec ça? M'interroge-t-elle.
-Je n'y arrive pas, chaque jour je m'indigne, je me demande comment ça a pu m'arriver à moi, qu'est-ce que j'ai bien pu faire de mal, et je n'ai pas de réponse. C'est sûrement mon destin, je lui réponds le plus sincèrement du monde.

Elle reste silencieuse et commence à s'avancer vers le bâtiment, je lui emboîte le pas. Je crois que c'est encore plus éprouvant que le jour où je suis venu chercher mes propres résultats. La dame de l'accueil ne nous fait pas attendre et donne à Lilas un papier, qui pourrait bien faire basculer sa vie. Elle le parcourt des yeux, je guette une réaction, mais rien. Alors elle me le tend et je peux lire:

<<Séronégative>>

Je ne peux empêcher un cri de soulagement et vois Lilas pleurer devant moi. Je la serre dans mes bras, lui murmurant que son cauchemar est fini, le mien aussi quelque part...
Je la raccompagne à sa voiture, elle me sourit et me souhaite bonne chance.
Je rentre dans mon appartement, cours vers Marilyn et la porte, la faisant tournoyer dans les airs.

-Elle n'a rien, elle n'a rien! Je lui hurle dans les oreilles.
Elle ma sourit et encadre mon visage de ses mains, déposant un baiser, douce caresse, sur mes lèvres. Je la dépose à terre, telle une plume, la regarde dans les yeux et lui dis:

-Je peux mourir maintenant, je n'ai contaminé personne.

Je vois ses yeux s'embués de larmes, qu'elle sèche bien vite. Ensuite, nous mangeons, nous lavons et nous mettons vite au lit. Avant de m'endormir, je lui murmure doucement, en lui caressant ses joues de porcelaine:
-Tu belle Marilyn, tu es mienne Marilyn.

Le lendemain matin, je me réveille, tâtonnant à côté de moi pour trouver sa chaleur mais ne trouve rien. Je me lève précipitamment, boosté par la peur, cours vers le salon et y trouve une aiguille vide où il est écrit <<sang de Sébastien>>, accompagné d'un mot, écrit de la main de mon amour:

<<Tu m'as contaminée, tu ne peux pas mourir. Je t'aime.>>

Elle est belle Marilyn, elle est mienne Marilyn, elle va mourir par amour pour moi Marilyn.

# Posté le jeudi 27 août 2009 07:54

OS Second: "Coquillage"

OS Second: "Coquillage"
Titre: "Coquillage"
Temps de réalisation: 1 mois
Genre: Yaoi Bill/ Tom (Tokio Hotel)





CERTAINES SCENES PEUVENT CHOQUER!!




L'été...Saison de tous les excès, de tous les plaisirs. On se lâche, on sort, on profite...La chaleur nous étouffe et les bords de mers sont remplis de vacanciers. Les marchands et restaurateurs en raffolent. Tout le monde est donc content. Enfin tout le monde, c'est vite dit. Tom, jeune homme plutôt solitaire, fait partie de cette catégorie de personnes qui détestent les vacances d'été. Trop de monde, de bonheur et de soleil. Il aimait que son petit coin de plage soit désert et non envahi de citadins peu respectueux de l'environnement. De plus, tout ce monde le perturbait dans son activité préférée: la quête de coquillages. Depuis tout petit, il aimait partir à la recherche de ces précieux objets, en découvrir de nouveaux, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Cette activité l'aidait à combler sa solitude. Depuis le décés de sa mère, il vivait seul dans un petit pavillon, ne sortant jamais, évitant même ses voisins qui le considéraient comme « étrange et impoli ».Mais, ces satanés vacanciers prenaient un malin plaisir à détruire ses fragiles trésors de leurs pieds ravageurs. Non vraiment, il détestait les vacances d'été.
Tout en marmonnant diverses insultes à l'égard de ces perturbateurs, il continua sa recherche. Malheureusement, il constata bien vite que tout avait été réellement détruit. Dépité et fatigué, il se dirigea à vive allure vers son endroit bien à lui. C'était un petit bout de mer, protégé par d'épaisses roches, ce qui le rendait inaccessible pour ces satanés intrus estivaliés et garantissait à Tom paix et tranquillité. Les rayons du soleil créaient sur l'eau, plus claire qu'en zone fréquentée, des reflets très particuliers, allant du violet au blanc. Sa mère lui disait souvent que les vagues murmuraient les secrets enfouis du monde et de l'Homme. Alors il venait les écouter, les déchiffrer, l'oreille aux aguets. Ici, il avait l'impression d'être seul au monde, loin de toute cette agitation et serein. Et puis, il y avait tous ces souvenirs...Immanquablement, les moments cruciaux de sa vie avaient un lien avec son petit coin de paradis. Le destin, cette volonté divine plus forte que tout, semblait vouloir le ramener systématiquement à cet endroit. Il s'y sentait tellement bien, comme si personne ne pouvait le déranger, l'atteindre et lui faire du mal. A vrai dire, Tom était plutôt renfermé. Quelque part, il se plaisait à être seul, c'était comme une sorte de mécanisme de défense. Pas d'attaches, pas de souffrance. La seule personne qu'il avait vraiment aimé était morte et ça lui avait fait tellement mal qu'il s'était promis de ne plus jamais revivre ça. Il n'avait pas d'amis, tout juste de vague connaissance, et vivait seul. Il avait un réel problème de communication, parler avec les autres lui procurait une peur indescriptible, son estomac se tordait douloureusement, il devenait livide et il était pris d'un bégaiement incontrôlable. Les mots se bousculaient, s'entrechoquaient, s'emmêlaient tant et si bien qu'il était parfaitement impossible de le comprendre. Il avait essayé maintes fois de corriger son problème, mais il se rendait bien compte que c'était impossible. Dès qu'il ouvrait la bouche, tout le monde se mettait à rire. Il était simplement victime de la cruauté et de la bêtise de l'être humain qui, face à la différence, ne trouve comme seule arme la violence. Alors il trouvait plus simple de se murer dans la solitude, certes il n'avait aucun contact avec autrui, mais il évitait ainsi la honte et les moqueries.
A peine arrivé sur ses rochers, il se sentait déjà mieux. L'air y était si pur, le parfum si enivrant...Tout était magique. Mais soudain, tout bascula. Quelqu'un occupait déjà l'endroit. Horreur et damnation! Qui pouvait bien être ce malotru qui osait profaner ses terres? Tom s'approcha doucement, plissant les yeux pour mieux détailler cet individu. Tout d'abord il ne put voir que sa silhouette et ses longs cheveux ébènes. Il, car c'était un garçon, semblait plutôt grand et mince. Lorsqu'il put mieux le voir, le coeur de Tom se mit subitement à faire des bonds. Il venait d'apercevoir la perfection même. Tempête dans tout son être. Les traits de son visage étaient tellement fins qu'il ressemblait à un ange. Juste au dessous de sa bouche admirablement bien dessinée, se trouvait un adorable grain de beauté. Son nez était parfaitement bien proportionné et droit, tandis que ses yeux, ah ses yeux! Ils étaient d'un marron chocolat intense et remplis d'étoiles. Si seulement ce n'était que son visage! Sa peau était très légèrement hâlée et semblait si douce...Il n'était certes pas musclé mais sa chute de rein était divine et ses fesses avaient l'air si fermes...Il semblait tout droit sorti d'un rêve. Peut-être était-il une de ses créatures mythiques que l'on ne rencontre que dans des contes, se dit Tom.

Être attiré par un homme ne le gênait pas plus que ça. En fait, les filles ne l'avaient jamais intéressé. Il avait très facilement accepté son homosexualité, ça avait été naturel. Il ne voyait pas pourquoi il aurait dû se refouler et souffrir tout ça pour rentrer dans la norme. Son bonheur personnel lui paraissait être plus important que tout le reste. Néanmoins, son éternelle timidité le paralysait toujours, c'est pourquoi il ne s'était jamais affiché avec un homme. Il n'était même jamais sorti avec un autre garçon, ni même tombé amoureux. Et puis, il n'avait aucune envie d'avoir le coeur brisé alors il refusait de l'offrir. Bien sûr, comme tout homme qui se respecte, il avait des besoins. Alors, il avait un peu honte de l'avouer, mais il allait voir ceux qu'on appelle des gigolos. Ce n'était pas hebdomadaire, une fois tous les 3 mois à peu près, mais c'était amplement suffisant pour qu'il se sente minable, il avait tellement peur des autres qu'il était obligé de payer quelqu'un pour coucher avec lui. Peu de dialogue, du contact froid. Il n'avait jamais été dominé et soumis, c'était peut-être ridicule mais il attendait la bonne personne, le grand amour, car oui il y croyait toujours. Il espérait au fond de lui que quelqu'un lui inspire confiance, arrive à faire tomber le mur qu'il avait érigé autour de lui et le rende heureux.. Il savait très bien qu'avec son comportement, sa timidité, personne ne voudrait de lui. Il avait besoin qu'on l'aime, qu'on le chouchoute mais surtout, il avait énormément d'amour à offrir étant donné qu'il n'avait ni amis ni famille. Si seulement il n'avait pas aussi peur des autres, de la vie, de l'amour et du chagrin...
Et là, à cet instant, son coeur si peu habitué aux sentiments forts, battait à vive allure comme après une course effrénée. Il ne pouvait détacher son regard de cet être parfait, allongé sur le sable chaud. Il jalousait chaque grain de sable et chaque goutte d'eau qui avait le droit, le privilège de caresser sa peau veloutée. Et il se fit pitié à demeurer ainsi, parfaitement immobile et passionné. C'était définitivement ridicule.
Et il revint. Tous les jours. En fait, il passait ses après-midis à regarder son ange, car c'est ainsi qu'il l'avait nommé. Plus il le voyait, plus il l'aimait. Car oui, il l'aimait. Il avait toujours pensé qu'on ne pouvait pas aimer quelqu'un sans le connaître, il avait la preuve du contraire. Dès que ses yeux se posaient sur lui, son coeur se mettait à battre la chamade, il suffoquait, tremblait comme une feuille. Il rêvait même de lui, de son corps, de sa voix qu'il imaginait suave et douce, de le toucher encore et encore. Il en devenait dingue. Dans sa tête, son coeur et sa raison se livraient à un duel acharné. D'un côté, sa raison lui criait de ne pas lui parler, qu'il allait forcément être une fois de plus rejeté, qu'il ne devait plus jamais venir le regarder, tel un voyeur. Mais il y avait son coeur, ce traître, qui saignait de ne pas avoir le courage de lui montrer sa présence et qui l'obligeait chaque jour à venir. Il était attiré comme un aimant sur un métal, c'était irrésistible.
Et un jour, son ange vint avec quelqu'un. Une fille. Tom ne l'avait pas trop détaillée physiquement, il savait juste qu'elle avait de jolies formes, enfin il imaginait qu'un hétéro la trouverait « bonne ». Son brun la caressait doucement et elle osait poser ses mains sur lui, le salir. Bien sûr que Tom était jaloux, il crevait de jalousie même. Il s'était attaqué à son cou, elle avait penché la tête en arrière avec une moue de plaisir, lui en facilitant l'accès. Elle ne cessait de gémir, inlassablement. Ce qu'elle avait l'air cruche! Son brun lui, semblait s'impatienter puisqu'il la poussa brutalement sur le sable et lui arracha avec le même empressement son haut de bikini. Il se mit à lui caresser sensuellement la poitrine, puis sa langue prit la place de ses mains et la lui lécha langoureusement. La pauvre fille ne semblait plus savoir où elle était, elle gémissait, étouffait, cherchait de l'air. De son côté, Tom aussi commençait à s'exciter. Il se voyait à la place de cette fille, totalement soumis à ses attentions. Il s'imaginait lui donnait du plaisir, l'entendre gémir son prénom...Ce plaisir, soudain et plus vif que jamais, avait totalement pris le pas sur sa jalousie. Pour lui, cette fille n'existait plus, il n'y avait plus que lui et son bel ange. La seule chose qu'il regrettait c'est que son brun fut toujours habillé, il portait même un tee-shirt. Mais la fille, entendant peut-être les protestations mentales du jeune homme, retira doucement le tee-shirt de son partenaire, puis son maillot, laissant à l'air libre un pénis fièrement dressé. Et pour la première fois de sa vie, Tom eut envie d'être pris, par ce pénis dur et chaud. Il avait envie d'être soumis, de s'offrir complètement et de lui prouver son amour. Alors il fit un geste qu'on aurait pu jugé comme pervers mais qui était rempli d'amour; il glissa sa main droite jusqu'à son propre pénis et commença à se masturber. Il se voyait retracer les contours du tatouage que le brun avait sur l'aine, une étoile. Dès qu'il l'avait vu, Tom s'était dit que ça lui allait bien, cette étoile. Il était l'étoile de Tom, illuminant sa vie. Il imaginait son ange lui susurrant des mots doux à l'oreille tout en le pénétrant avec précaution, ayant peur de lui faire mal, unissant ainsi leurs corps dans une étreinte incassable. Il voyait le plaisir sur le visage si pur de son ange. Tom voulait atteindre les étoiles et ne faire qu'un avec lui. Encore et toujours lui. Et c'est dans un même cri, silencieux pour Tom, que tous deux atteignirent l'orgasme, le brun jouissant dans cette fille et Tom à l'intérieur de sa main.
Il allait crever d'amour, c'était impossible que son coeur batte aussi fort sans jamais s'arrêter.

L'amour était une chose étrange, il avait à la fois envie de voler, il se sentait capable de tout combattre, il était heureux mais, il se sentait aussi minable, déprimé et impuissant. L'objet de ses désirs ne savait même pas qu'il existait, il était invisible à ses yeux. Alors qu'il avait envie de lui crier à quel point il l'aimait, de le prendre dans ses bras et de l'embrasser sauvagement, son corps ne lui répondait jamais, il restait toujours aussi droit et immobile. Le pire était lorsqu'il se retrouvait seul sur cette plage. Il s'avançait et se s'asseyait exactement à la même place que le brun, laissait filer le sable chaud entre ses doigts qu'il portait ensuite à ses narines, comme si l'odeur de son ange se trouvait encore dessus. Son absence était cruelle, elle lui faisait mal au coeur. Il était comme un drogué en manque, il souffrait atrocement. Il avait besoin de le voir pour être heureux. Alors, pour faire taire sa douleur, il venait parfois avec sa guitare, le son de ses cordes couvrant les battements de son coeur. Il jouait des airs inventés, au grés de ses envies, la Lune pour seule spectatrice. Il était seul, comme toujours. Enfin, c'est ce qu'il croyait....Son ange le regardait, tous les soirs. Il était envoûté par les mélodies qui s'échappaient de son instrument et fasciné par le guitariste. Il aimait voir les traits concentrés de son visage et cette harmonie, ce lien qu'il y avait entre la guitare et son maître. Alors il venait le plus souvent possible, n'osant jamais déranger le jeune homme. Mais ce soir, il avait décidé de lui parler, de prendre son courage à deux mains. Alors, au moment où Tom s'apprêtait à partir, le brun s'approcha de lui, lui attrapa le bras et lui dit:

-Tu joues magnifiquement bien.

La panique s'empara de Tom. Que faire? Que dire? Pourquoi cet être si parfait daignait lui adresser la parole à lui, simple humain? Il allait lui paraître idiot, c'était sûr. Il allait le détester, se moquer de lui, comme tout le monde. Et puis il y avait cette main, sa main. Son contact était encore plus doux qu'il ne l'avait imaginé, il avait les mains tellement chaudes, c'était plus qu'agréable. Tom sentait un courant électrique lui parcourir le corps, partant de son bras, de la zone de contact entre la main du brun et son épiderme, pour finir au bout de ses orteils. Et les étoiles le rendaient encore plus beau, si c'était possible. Bien sûr, elles n'étaient pas aussi belles que les étoiles dans ses yeux. Et il sentait si bon...

-Comment tu t'appelles?

Et sa voix, ah sa voix! Si douce, si douce. Il sentit son coeur fondre lorsqu'il imagina cette même voix lui dire « je t'aime » ou chanter cette chanson qu'il venait de composer en son honneur.

-T...T....Tom, bégaya-t-il.

Voilà, il allait le faire fuir avec son handicap du langage. Il se maudissait intérieurement, se haïssait même. Ce n'était pas tous les jours qu'un tel être venait lui parler et lui s'arrangeait pour tout foutre en l'air. Bravo Tom, continue! Se dit-il furieusement.

-Enchanté, je suis Bill, répondit-il avec un immense sourire.

Oh mon Dieu, il lui souriait! Et ce sourire n'était pas moqueur non, il était bienveillant et chaleureux! Et magnifique surtout...C'était un de ces sourires qui vous fait dire que la vie est belle, qu'elle vaut le coup et qui, fatalement, vous fait sourire à votre tour. Un sourire contagieux.
Bill...Ce prénom lui allait bien. Simple et doux, se finissant en deux l, les ailes d'un ange.

-Je viens te voir presque tous les soirs, je crois que je suis un vrai fan!
-M...merci.
-Je te fais peur?

Si il lui faisait peur? C'était plus que de la peur, c'était inqualifiable. Il était tellement paniqué à l'idée de lui paraître nul ou stupide...Mais, d'un autre côté, il se sentait comme apaisé avec lui. Apeuré et apaisé, étrange contraste.

-N...non.
-Tu dois être timide alors. Je ne voulais pas te déranger, je suis désolé, je vais m'en aller. Mais sache que je reviendrai ici demain, et chaque soir qui suivra.

Et c'est ainsi qu'une sorte de rituel s'instaura entre eux. Tom continuait à l'espionner à son insu l'après-midi, tandis que Bill venait le voir jouer le soir. Il faisait en sorte que Tom ne le voit pas car il était sûr que ça le déstabiliserait. Et il avait raison, savoir qu'il était là, à le regarder et l'écouter était encore surmontable mais, si il l'avait vu, le guitariste n'aurait pas pu jouer. Et Bill aimait tellement sa musique qu'il supportait de se cacher. Pour sa mélodie.
Leur pacte était assez étrange. Tom continuait à espionner Bill à son insu tous les après-midis, tandis que Bill observait Tom chaque soir, celui-ci étant parfaitement au courant. Tom s'habituait peu à peu à sa présence, ça ne le gênait presque plus. Il sentait son regard posé sur lui, il savait que si jamais il se retournait il aurait pu le voir. En fait, il était assez optimiste ou du moins, il essayait de l'être. Il se disait qu' à force de se laisser regarder, il arriverait peut-être à oser croiser son regard un jour, à être en face de lui, voir même à lui parler normalement. Enfin non, ça c'était un peu trop irréaliste quand même...
Bien sûr, il y avait des soirs où Bill ne venait pas. L'esprit du guitariste s'affolait toujours; lui était-il arrivé quelque chose? Ne voulait-il plus le voir? S'était-il lassé de lui? Mais Bill revenait toujours le soir suivant, il ne se passait jamais deux soirs d'affilée sans qu'il ne vienne. Une force d'attraction le poussait à venir sur cette plage. La magie du lieu sans doute.
Tom s'appliquait systématiquement à ne pas mettre trop de sentiments dans sa musique, il ne voulait pas que Bill comprenne tout. Il savait que la musique révélait souvent nos pensées les plus profondes et il lui semblait impensable et horrible que Bill puisse un jour connaître ses sentiments à son égard. Il prendrait sans doute peur, autant d'amour venant d'un parfait inconnu avait de quoi en effrayer plus d'un. Et Tom ne supporterait pas que son ange le rejette, il préférait donc se taire.
Et une fois de plus, le destin et la magie de cette plage lui jouèrent un sacré tour...
Il était là, assis, absorbé dans son propre monde, sa guitare dans ses bras. Il caressait finement les cordes du bout des doigts, comme si elles étaient en porcelaine et qu'elles risquaient de se casser, Bill l'écoutant toujours un peu plus loin, lorsque tout à coup, il entendit un bruit de chute. Immédiatement, il sut que c'était Bill qui était tombé, qui d'autre pouvait bien être ici à cette heure là? Il courut donc l'aider, oubliant sa peur et sa timidité. Il n'y avait que son ange qui comptait, il se fichait pas mal de sa timidité, il fallait qu'il le sauve. Il savait qu'il dramatisait sans doute la situation, que Bill s'était sans doute un peu écorché la peau, mais pour lui s'en était déjà trop. Lorsqu'il arriva, il trouva Bill étalé par terre, son jean déchiré par endroit et des herbes accrochées à lui. Le regard du brun alla de haut en bas, des pieds du guitariste à ses yeux, en passant par son torse dénudé et sa bouche. Et la même décharge que lorsque Bill l'avait touché traversa Tom. Il sentait des tonnes de fourmis lui parcourir le corps, certains de ses organes faire des sauts périlleux et sa respiration s'accélérer. Au bout de quelques secondes et sans dire un mot, il tendit sa main à Bill et l'aida à se relever. Un sourire de gratitude prit place sur le visage du brun.

-Je suis désolé de t'avoir encore dérangé.
-C'est pas trè...très grave.
-Si, je vois bien que tu n'as pas envie de me parler, déclara Bill en faisant déjà demi tour.

C'était faux, évidemment. Tom aurait bien voulut lui parler, de tout et n'importe quoi, même de la météo si il le souhaitait. Le faire rire, voir son regard pétiller. Lui dire à quel point il l'aimait. Être avec lui, tout simplement. Mais il ne pouvait pas, il n'en était pas capable.
Sauf qu'il ne pouvait pas le laisser partir. Il avait envie de prendre sa vie en main, de se battre contre sa timidité, contre lui-même et son foutu caractère. Il voulait être heureux. Alors, lorsqu'il vit des gouttes de sang couleur pourpre s'échapper du bras de l'androgyne, il n'hésita plus une seconde et lui dit:

-Attends, tu...tu saignes.
-Ah oui, c'est vrai, déclara simplement Bill.
-Il faut que tu te s...soignes.
-J'ai pas ce qu'il me faut, je suis seulement en vacances alors j'ai rien pris...
-Viens chez m...m...oi.

Alors là, il s'étonna lui-même. C'était un pas de géant! Restait à savoir si Bill allait accepter...
-D'accord.
Et il s'engagèrent tous les deux dans la nuit.

Le silence les entouraient. Et Bill détestait le silence. Il trouvait ça pesant et angoissant. Un blanc dans une conversation signifiait l'ennui, le manque d'intérêt de son interlocuteur. Bill était ce genre de personnes qui sont capables de dire les pires bêtises pour peu de ne pas avoir à supporter le silence. De plus, le bruit des animaux alentours le rendait fébrile. Il s'imaginait des bêtes dangereuses tapies dans l'ombre et prêtes à lui sauter dessus. Il fallait vraiment qu'il parle.

-Bon, comme je vois que tu n'es pas très bavard, je vais me charger de faire la conversation. Je m'appelle donc Bill, j'ai 19 ans et je suis en vacances ici pour les deux mois. Mes parents m'ont loué un appart pour se débarrasser de moi, ils pensent que je dois m'aérer la tête et revenir avec les idées en place... Enfin, ils veulent surtout que je me calme niveau sorties et filles, si tu vois ce que je veux dire....

Tom ne préférait même pas imaginer. Il en devenait fou de jalousie, savoir que ces filles arrivaient à attirer l'attention de son ange, à le toucher, à l'embrasser, à lui donner du plaisir...Quelle horreur!

-Tu aimes quoi dans la vie à part la guitare? Parce que moi je suis passionné de chant, de dessin et de mode, d'ailleurs je crois que ça se voit à mon look, continua-t-il en riant.

N'importe quelle personne aurait trouvé son flot continu de paroles assez ennuyeux, voir même lourd. Mais pas Tom. Il aimait l'entendre parler, le voir agiter ses mains pour accompagner ses dires, remettre ses cheveux en arrière d'un léger mouvement de tête. Il avait même remarquer ses tics, cette façon qu'il avait de toujours se passer la langue entre les lèvres et la montée dans les aigus de sa voix lorsqu'il éprouvait une émotion intense. C'était assez insensé de penser qu'il savait déjà tout ça de lui sans vraiment le connaître. Et Tom se fit la réflexion que le connaître plus serait son souhait le plus cher. Avoir la chance de tout connaître de lui, ses joies, ses peines, son passé, son quotidien, son avis sur tel ou tel sujet, le rendrait vraiment heureux.

-Les co...coquil...ages, j'aime les coquillages, réussit-il à lui répondre maladroitement.

Et lorsqu'il vit Bill lui sourire dans la pénombre, le félicitant silencieusement, il se dit que ce sourire valait bien cet effort.

Durant tout le chemin, Bill continua à lui parler, il lui raconta sa vie en détails. Tom apprit donc qu'il venait d'une famille assez aisée mais qu'il ne s'entendait pas avec ses parents. Il les adorait mais avait besoin de son indépendance, d'avoir la liberté de faire ce qu'il souhaitait réellement, alors que son père comptait sur lui pour reprendre l'entreprise familiale. Le brun essayait par tous les moyens de se défaire de leur emprise étouffante, il dépassait même souvent certaines limites. Afin de s'affirmer, il parlait très mal à ses parents, à l'aide de termes très crus et irrespectueux et sortait souvent. Par le passé, il était même allé jusqu'à consommer certaines substances illicites et avoir de mauvaises fréquentations. Oh bien sûr, pas les racailles des banlieues, pas du tout, il restait plutôt avec les fils à papa fortunés et arrogants qui se croient tout permis sous prétexte que l'argent et la réputation de leurs parents les sauveront toujours. Mais Bill avait très vite compris qu'il n'était pas comme eux, il s'était donc inscrit à une prestigieuse fac, payant les frais de scolarité à l'aide de petits boulots, et avait travaillé d'arrache-pied. Il voulait aider les autres, se voyait déjà dans le social, pour lui c'était une vocation. Il voulait répandre du bonheur autour de lui. Bien sûr, son goût pour la fête s'était atténué, mais il avait souvent besoin de décompresser après des heures de travail. Et puis il y avait son look qui faisait chavirer le coeur des filles et enrager ses parents. Ils auraient voulu avoir un fils modèle, portant des costard, et à la place ils avaient un androgyne, percé, tatoué, arborant souvent des coupes extravagantes et pesant 60 kilos tout mouillé.
Durant tout ce temps, Tom ne dit pas à un mot. Il n'avait aucune envie de se confier à Bill, de lui parler de son passé. C'était trop tôt et il ne voulait pas voir une fois de plus, quelqu'un avoir pitié de lui. Et puis, c'était si douloureux...
Une demie-heure plus tard, ils arrivèrent devant le petit pavillon de Tom. Il vivait seul et jamais personne ne venait lui rendre visite. Néanmoins, tout était décoré avec beaucoup de goût et d'élégance, ce n'était pas sale ou désordonné. Lorsque Tom partit à la salle de bain chercher du désinfectant et des pansements, Bill, curieux de nature, parcourut le salon. Au milieu de la pièce, il y avait un canapé crème et une télévision, autour de laquelle étaient disposées de nombreuses photos. Toutes représentaient une femme, blonde, assez grande, plutôt jolie et qui respirait la joie. Sur certaines, elle était accompagné d'un enfant, le serrait tendrement dans ses bras. En détaillant les photos de plus près, Bill crut reconnaître Tom, avec 10 ans de moins. Il était bien loin du jeune homme timide, renfermé et solitaire, ce petit garçon qui arborait un grand sourire et un regard pétillant. Deux ou trois photos lui semblaient familières, comme si il connaissait l'endroit où elles avaient été prises. Tout au fond de la pièce trônait une immense et imposante armoire, une de celles que l'on ne voit que dans des vieux châteaux ou des films. Poussé par sa curiosité, Bill s'approcha et l'ouvrit doucement, sans faire de bruit. A l'intérieur, des centaines de coquillages étaient exposés, ayant chacun une couleur différente et magnifique. Mais leur beauté n'était rien comparée à celle du coquillage central. Il était beaucoup plus gros que les autres mais surtout, il était fait d'un dégradé allant de l'orange vif au jaune pâle, en passant par l'or. Bill n'avait jamais rien vu d'aussi magnifique, il était réellement impressionné. Cette collection de coquillage était si gigantesque qu'il se dit que Tom avait dû passer un temps fou à les récolter. Ne pouvant résister à la tentation, il caressa le fameux coquillage du bout des doigts, ayant peur de l'abîmer.

-Ne touche pas ça!

Bill se retourna vivement, il n'avait pas entendu Tom arriver. Ce qui l'étonna surtout fut que Tom ne bégaie pas, qu'il lui parla très distinctement, d'une voix claire et assurée.

-Je ne...je ne vvv...

Cette fois, c'était Bill qui était à court de mots.

Tom lui désinfecta sa plaie assez distraitement, tout en essayant quand même de ne pas lui faire mal. Mais Bill se fichait pas mal de sa douleur, il était bien plus préoccupé par la réaction disproportionnée de Tom. Il n'avait rien fait de grave non? La seule explication était pour lui que cet objet tienne à coeur au guitariste. Il était placé au centre de sa collection, invisible aux yeux des visiteurs. Une fois de plus, Bill ressentit cette pointe de curiosité au fond de lui et se dit qu'un jour où l'autre, Tom finirait par tout lui expliquer. Bill voyait Tom comme un coquillage, solidement fermé au monde mais renfermant des trésors de merveilles. Il était intrigué par ce jeune homme mystérieux et était décidé à percer tous ses secrets.


A présent, ils se voyaient à peu près 5 soirs par semaine. Bill ne restait plus dans son coin à regarder Tom, il s'asseyait à côté de lui et l'écoutait. Il arrivait même à le faire un peu parler de temps en temps, il essayait de le faire sortir de sa coquille. Néanmoins, Tom avait un peu de mal, c'est pourquoi Bill avait dû développer une sorte d'instinct qui lui permettait de comprendre chacune des pensées du dreadé sans que celui-ci n'ait besoin de les exprimer. Ils avaient des tonnes de points communs, aimaient à peu près les mêmes films, livres et aliments. Peu à peu, Bill s'était pris au jeu des coquillages, il aimait bien aider Tom à en trouver.

-J'en ai un! S'écria-t-il victorieusement en sortant de l'eau, trempé jusqu'aux genoux.

Tom l'examina. Il était violet avec de légers reflets bleus, plutôt joli mais pas exceptionnel. Il s'en fichait, il le mettrait dans un petit coffre, avec tous les autres que Bill avait trouvé. Si ils venaient de Bill, ils étaient forcément magnifiques.

-Oh tu sais hier, j'ai rencontré une fille, mais une bombe quoi! Déclara Bill en s'asseyant à ses côtés.

Les deux soirs où ils n'étaient pas ensemble, Bill sortait en boîte. Il avait souvent tenté de convaincre Tom de le suivre, mais celui-ci avait toujours refusé. Premièrement, le milieu de la nuit et de la fête n'était pas le sien, il se sentait étouffé par la foule, pas à sa place. Il trouvait tout le monde hypocrite, certains pouvaient passer une soirée avec vous et vous oubliez le lendemain matin. Tom préférait prendre son temps, découvrir quelqu'un et s'attacher à cette personne. Et puis, il souffrait déjà assez lorsque Bill lui racontait ses nuits agitées, inutile donc d'y assister.
Voyant que son ami ne répondait pas et ne semblait pas emballé, Bill tenta d'amener la conversation sur un autre chemin. Il avait toujours l'idée et l'envie de connaître le passé de Tom, mais il savait qu'il ne fallait pas le brusquer. Alors, c'est très prudemment qu'il lui demanda:

-Tu vis seul depuis longtemps?
-De...deppp..uis la mort de maaaaa...mère.

Depuis leur rencontre, le bégaiement de Tom disparaissait peu à peu. Mais, lorsqu'il révélait ce genre de chose, il lui était impossible de le maîtriser.

-Oh...je suis désolé, je n'aurais pas dû te demander ça...
-C'est pas grave.

Maintenant qu'il était lancé, Tom se disait qu'il serait dommage d'arrêter. Il avait envie de confier un peu de son histoire, de sa souffrance à Bill. Il savait maintenant qu'il le comprendrait et ne le jugerait pas, il se sentait en confiance avec son ange brun.

-Elle est morte d'un....un cccancer.
-Tu avais quel âge?
-13 ans.
-Et ton père? Ta famille?
-Mon père n'a jaaa...ja...mais été là. Je n'ai pas de famille.

Tom s'arrêta de parler, il en avait assez dit pour ce soir. Et lorsque Bill se coucha cette nuit-là, il se dit qu'ils avaient en quelque sorte franchit un cap.

Deux jours plus tard, Bill survint chez Tom en plein après-midi, alors que celui-ci s'apprêtait justement à partir l'espionner. En effet, si Bill avait osé venir lui parler le soir, Tom ne se sentait pas le même courage. Il continuait donc à le regarder, cacher derrière ses rochers.
Passant outre sa surprise, Tom fut frappé par la nouvelle apparence de Bill. Ses cheveux n'étaient plus entièrement noirs mais parsemés de dreads blanches. On ne pouvait pas dire que ça ne lui allait pas, c'était juste...étrange. Mais après tout, Bill était un garçon étrange.

-Tu trouves ça joli? Demanda-t-il, comme si l'avis de Tom était important.
-Oui, ça te va bien.

Il se retenu d'ajouter « de toute façon, tout te va ».

-Tu ne voudrais pas changer toi aussi?
-Eh bien je...
En réalité, il ne savait pas, ne s'était jamais posé la question. Il était habitué à ses dreads, elles étaient là depuis tellement longtemps qu'elles faisaient partie de lui. Mais un peu de changement ne lui ferait peut-être pas de mal...

-Je ne sais pas quoi faire, avoua-t-il.
-Je vais t'aider! J'ai assez bon goût niveau coiffure.

C'est ainsi que Bill le traîna au salon de coiffure le plus proche. Il avait cet air mystérieux qu'affiche les sorciers devant leur chaudron, c'était vraiment perturbant. Il refusait catégoriquement de le laisser se voir dans le miroir ou de lui expliquer la nouvelle coiffure qu'il allait devoir arborer. Tom, légèrement énervé, le laissait pourtant faire sans broncher. Il paniqua néanmoins lorsqu'il sentit qu'on lui teignait les cheveux. A quoi allait-il donc ressembler?
Après deux heures de travail, la coiffeuse les laissa seuls, tandis que Bill affichait un immense sourire. Il fit rapidement pivoter la chaise, et Tom découvrit son nouveau reflet. Ses dreads blondes avaient disparues, remplacées par de fines tresses noires. Il dût s'avouer que c'était plutôt pas mal, le noir faisant ressortir la couleur de ses yeux. Mais ce qui le persuada qu'il avait définitivement fait le bon choix, ce fut le fier sourire éclatant de Bill. Décidément, chaque effort était bien récompensé, pensa-t-il avec amusement.

Bill passait maintenant toutes ses soirées avec Tom. Il disait être ennuyé par les fêtes et fatigué de vivre la nuit. En fait, il aimait surtout discuter avec Tom, l'écouter jouer et regarder les étoiles ensemble. Il n'aurait jamais cru une amitié pareille possible, il était plutôt habitué à ne voir ses « amis » que lors de virées nocturnes. Se confier, se sentir apaisé et compris, était quelque chose de totalement nouveau pour lui. Derrière son apparente frivolité, son côté extraverti, se cacher un garçon assez peu sûr de lui. Il savait que certains le croyaient orgueilleux, mais ce n'était qu'une façade. En réalité, il avait peur de bien des choses; de décevoir ses parents, d'être un incapable, du regard des autres. Il était plus facile pour lui de faire preuve d'une certaine arrogance que de montrer ses faiblesses. Il préférait foncer tête baissée, ne pas se poser de questions, quitte à souffrir après. Car écouter ses envies et son coeur lui serait fatal, il le savait.
Mais avec Tom, il n'avait pas à avoir peur. Chacun rassurait l'autre, lui disait implicitement « je t'accepte comme tu es ». Après tout, un véritable ami est toujours là pour vous, quelque soit vos choix non?

-Tu as l'air triste Bill.
-Je pensais à mon départ. Je n'ai vraiment pas envie de retourner chez moi.
-Et pourquoi?demanda candidement Tom.
-Je ne veux pas te quitter, répondit naturellement Bill tout en s'accrochant à son bras.

Tom crut fondre. Malgré son geste, Bill avait les rouges rouges ce qui montrait sa gêne. On aurait dit un petit garçon qui demande un jouet à sa mère, c'était si mignon! Le brun avait souvent des réactions assez enfantines, il s'émerveillait de tout, posait de nombreuses questions. La vie était pour lui un immense terrain de jeu dont il souhaitait chaque jour apprendre quelque chose de nouveau. Ce fut donc un peu rassuré par l'embarras de son ami que Tom répondit:

-Moi au...aussi j'ai pas envie que tu partes.
-Tu comprends, là-bas ce n'est pas pareil, personne ne s'occupe réellement de moi. Mes « amis » ne sont là que pour s'assurer une bonne réputation et mes parents, aussi adorables soient-ils, me foutent constamment la pression. Sans compter le stress que je me mets tout seul, la peur que j'ai de rater mes études...Alors qu'ici, avec toi, c'est plus facile. Tu es calme, contrairement à moi, l'excité de service. Tu sais qui je suis et tu ne me demandes pas de changer. Je suis en confiance.

Qu'est-ce que Tom aurait bien pu lui répondre? Il savait que si il se penchait sur ses sentiments, il dévoilerait à Bill plus qu'il n'aurait voulu. Hors Bill le considérait comme un ami. Un meilleur ami peut-être, mais pas un amoureux ça c'était sûr. Alors Tom laissa un bref silence s'installer et ce fut Bill qui reprit la parole:

-Dommage que tu n'habites pas vers chez moi...Tu voudrais pas déménager? Demanda-t-il précipitamment en se tournant vers lui.

Déménager? Tom n'y avait jamais réellement pensé. Il était né ici, le peu d'études qu'il avait fait c'était ici, il n'avait même jamais voyagé. Il ne se voyait pas vivre ailleurs, il se sentirait sans doute seul et perdu. De plus, Bill vivait dans une grande ville, ce monde, cette foule terrorisait déjà Tom rien que d'y penser.

-Je ne sais pas je...je n'ai jamais quitté le village. J'ai peur d'être seul.
-Mais tu es déjà seul ici! Là-bas on sera ensemble, je pourrais t'aider à te repérer, à t'intégrer. Et puis, si tu ne sais pas où vivre, tu pourras partager mon appart!

En voilà une idée géniale, partager un appartement avec son ange! L'avoir toujours auprès de lui, connaître sa vie, son univers, le voir manger, dormir, se réveiller, regarder un film, travailler...Toute une vie quotidienne, à deux.

-J'adorerais mais c'est trop difficile. Cette maison est mon héritage, je ne veux pas la vendre.
-Je comprends, laisse tomber, c'est pas grave. Mais c'est beau de rêver...

Néanmoins, Tom ne put s'empêcher de remarquer l'abattement qui transperçait la voix de Bill. Oui, c'était bien beau de rêver...



Bill avait un but, un objectif secret qu'il s'était fixé: aider Tom à vaincre sa timidité. Bien sûr, lorsqu'ils étaient seulement tous les deux, c'était facile, Tom lui parlait -peu, certes, mais ils pouvaient avoir une conversation-, mais en publique, c'était une autre histoire. A chaque fois que le brun avait tenté de l'amener à des fêtes ou même de simples marchés, le guitariste s'était aussitôt enfui. Mais Bill ne désespérait pas et il s'apprêtait à lui proposer un pari fou, mais pas irréalisable. Quelque part au fond de lui, il voulait être celui qui ferait changer Tom, il souhaitait l'aider autant que lui-même l'avait déjà fait. Car oui, Tom avait aidé Bill sans le vouloir. Il lui avait donné une épaule, un appui, lui avait fait découvrir la confiance et l'amitié sincère.
Bill savait que Tom n'accepterait pas, il en était sûr. Mais, suivant sa philosophie du « qui ne tente rien n'a rien », il osa lui demander d'une petite voix et tout en se triturant nerveusement les doigts:

-Tu n'aimerais pas jouer devant un public?»
-Mais tu es mon public Bill.
-Mais un vrai public, plusieurs personnes...
-J'y ai jamais trop réfléchi, la musique est quelque chose de secret.
-Oui mais tu as tellement de talent, ce serait stupide de le gâcher en ne le gardant que pour toi. Tu devrais faire comme les autres, frimer devant les gonzesses avec ta gratte!

Tom dû se retenir de lui dire que <<les gonzesses>> ne l'intéressaient pas mais qu'en revanche, un beau brun assis à côté de lui lui semblait plus qu'attirant...

-Ca ne m'intéresse pas, je fais de la musique pour mon plaisir.
-Mais ne pas laisser aux gens la possibilité de t'écouter serait un crime! Je ne te demande pas de remplir un Bercy ou un Zénith mais juste, je sais pas, jouer pour 10 personnes autour d'un feu sur la plage...
-Je t'ai dis non, tu sais qu'il m'est difficile d'être observé, entouré!
-Justement, ça t'aiderait à progresser!
-Non, ça ne servirait qu'à me ridiculiser!
-Tu es stupide, s'emporta Bill. Te ridiculiser? Mais tu joues magnifiquement bien! J'adore ce que tu fais et j'aimerais tellement t'offrir la possibilité de partager ta musique et de recevoir l'amour des spectateurs! Mais bon, puisque tu ne sembles pas décidé....

Tom, croulant sous les compliments, ne put s'empêcher de rougir comme une jeune fille effarouchée. Pour la première fois de sa vie, un sentiment étrange s'empara de lui: la fierté. Ca lui faisait battre le sang dans les tempes, essouffler ses poumons et surtout élargir ses lèvres en un immense sourire. Et il avait envie de rendre Bill fier de lui. Tom voulait que le brun voit ses progrès, comprenne qu'il en était la cause et la motivation. Alors, bien que tiraillé par une peur effroyable, Tom accepta.
Bill y mettait toute son énergie, il était acharné. Il l'avait aidé à choisir les chansons, malgré leurs légères différences de goût -Tom n'écoutait que du hip hop, sans doute un moyen d'effacer une certaine rage trop contenue avait pensé le brun- à se tenir correctement et même à s'habiller. Tom avait vraiment un goût affreux pour les habits, ne sachant jamais quelle couleur se mariait avec une autre, quel ton ferait ressortir la couleur de ses yeux, et quoi mettre en telle circonstance. Alors Bill s'était lancé tel une tornade dans les rayons des plus prestigieux magasins, avaient marmonné diverses choses incompréhensibles en trifouillant le corps du guitariste, et l'avait jeté dans une cabine d'essayage. Tout en admirant un jean qui mettait magnifiquement ses fesses en valeur et une chemise laissant voir le haut de son torse, Bill lui sourit et déclara:
-Là ça se voit que t'es bien foutu! Mais bon, je pense que ce serait mieux si tu restais en maillot...
-En gros tu m'as fait venir ici pour rien?
-Non, au moins tu vas enfin changer tes fringues, je te rends un grand service!

Tom passait à présent ses journées à répéter. Il voulait que tout soit parfait; voire même plus. Il était hors de question qu'il se ridiculise, son ego et sa timidité ne le supporteraient pas. Il y aurait tous ces gens, leurs regards assassins braqués sur lui, prêts à le mitrailler de reproches et d'injures...Il en cauchemardait même la nuit! Il rêvait souvent qu'il était nu devant eux, ou qu'il avait oublié sa guitare, sa musique...Et surtout, il y aurait Bill...Ce n'était pas tant jouer devant lui qui le terrifiait, il y était habitué à présent, c'était plutôt le décevoir et ne pas arriver à jouer devant un public. Il voulait revoir ce sourire de fierté sur son visage, avoir à nouveau l'impression d'être exceptionnel aux yeux de son ange. Ou du moins d'exister pour lui. Il savait que Bill ne le considérait que comme un ami, mais ça lui était amplement suffisant. Si Bill était heureux, Tom pouvait se contenter de son amitié. Il n'était pas possessif, n'avait jamais envie de plus, avoir la simple attention de Bill le comblait.




C'était le soir, le grand soir. Tom ne pouvait s'empêcher de faire les cent pas tout en se massant le crâne. Toutes les partitions se mélangeaient, formant un joyeux bordel dans son esprit. Il était fébrile, stressé, paniqué et anxieux. Mais bon sang, c'était quoi la première chanson?
Ce mini concert allait se faire dans la plus grande simplicité. Bill avait suggéré que Tom devrait d'abord à jouer dans son coin, seul, et laisser le public arriver. Au fond de lui et sans oser le dire au brun, Tom espérait que personne ne vienne, ne l'entende, et qu'on le laisse seul. Il préférait l'indifférence à la moquerie.
Il se mit alors à jouer, persuadé que personne ne prêterait attention à lui. Etrangement, tout était plutôt facile, sans doute parce qu'il n'y avait personne d'autre que Bill près de lui. Tom connaissait la chanson, elle était simple et limpide, il était dans son monde. Lorsqu'il jouait, il oubliait le monde autour, se concentrant seulement sur le contact de son épiderme avec le bois et la douce caresse dont il gratifiait les cordes. Il était ailleurs, sans rien voir au dehors, sans entendre aucun bruit. Au bout de 3 chansons, il hésita à relever la tête. Avait-il envie que quelqu'un soit là? Il n'osa pas se l'avouer, mais la réponse était sans doute oui. Il aurait aimé qu'on le complimente, qu'on l'aime, qu'on reconnaisse son talent. Il savait pertinemment que c'était on ne peut plus narcissique et orgueilleux, mais il se dit qu'il devait avoir pris goût à la fierté depuis qu'il avait croisé pour la première fois ce sentiment dans les yeux d'un certain brun... Mais d'un autre côté, si il relevait la tête il serait déstabilisé, qu'il y ait quelqu'un ou non. Si oui, la panique le gagnerait, si non il serait déçu et se sentirait minable. Subitement, il repensa à tout son passé, à tout ce temps perdu à s'isoler et à courber le dos à la moindre injure, au moindre regard désobligeant. Il se souvint de sa solitude à l'école, des questions qui le hantaient; pourquoi ne l'aimait-on pas? Puis les premiers mots échangés avec Bill lui revinrent, tous leurs moments passés ensemble, et il se dit que, jusqu'à présent, ses efforts avaient vraiment valus la peine. Il releva alors la tête.
Dix personnes l'entouraient. Il y avait d'abord un jeune couple, la jeune fille dans les bras du garçon qui la berçait tendrement. Il y avait ensuite tout un groupe de filles, deux surfeurs et puis Bill. Il avait encore ce sourire étincelant et fier, la lumière du feu non loin donnait à ses cheveux des reflets oranges magnifiques. De peur de perdre le fil, Tom fixa ses yeux sur ses propres mains, tentant de réaliser ce qui était entrain de lui arriver.
Au fur et à mesure, de plus en plus de monde vint l'écouter. Et plus le groupe augmentait, plus Tom prenait confiance en lui. Il se sentait calme, apaisé et serein. Bill avait raison, sentir l'attention, voire même l'amour, du public était un sentiment absolument indescriptible. Tom se sentait presque invincible, porté par une force inouïe. Il était comme en osmose avec son assistance, ne formant plus qu'un ensemble porté par la musique. Il avait l'impression d'être un drogué, il se faisait un fix grâce à eux. Pour la première fois de sa vie, le regard des gens ne le dérangeait pas, au contraire, il le transportait dans un autre monde. Il se sentait fort et important. Il n'avait jamais pris conscience d'à quel point la musique peut faire des miracles et souder les êtres. Lui, d'ordinaire si timide, se sentait parfaitement à l'aise alors qu'il était le centre d'attention d'au moins 40 personnes, toutes différentes les unes des autres. Il songea soudain à la vie de ces personnes, sans doute n'avaient elles aucun point commun, mais elles étaient toutefois réunies ce soir afin de l'écouter lui.
Il plein d'une énergie nouvelle et insoupçonnée. L'espoir et la joie envahissaient son coeur, rien ne lui semblait impossible à présent. Il sentit au fond de lui renaître une idée qu'il avait eu ces derniers jours et qui lui avait semblé absolument folle: chanter devant ce public une chanson pur Bill. Il y en avait une qui lui tenait particulièrement à coeur et qui, à chaque fois qu'il l'écoutait, lui rappelait son ange brun. Il voulait lui montrer son amour, pas forcément de façon directe, sûrement que Bill ne comprendrait pas étant donné son niveau en anglais, mais au moins faire comprendre qu'il tenait à lui. En effet, si Bill avouait souvent que Tom était son seul ami, le guitariste taisait toujours ses sentiments, par peur bien sûr. Néanmoins ce soir, il voulait que Bill sache qu'il le remerciait pour tout. Pour Tom, l'essentiel en amour n'était pas d'être aimé mais d'être capable d'offrir son coeur. C'était à son avis la plus belle preuve d'amour possible. Alors, la voix légèrement tremblante, il annonça:

-Pour la dernière chanson de ce soir, je vais chanter. Et je dédis cette chanson à Bill, sans qui cette soirée n'aurait jamais eu lieu.

http://www.youtube.com/watch?v=0rgInHvW8Ic&videos=lj-18RV50ZU&playnext_from=TL&playnext=1


Waiting for your call, I'm sick
call, I'm angry
call, I'm desperate for your voice.
(Attendant ton appel, je suis malade
Appelle, je suis énervé
Appelle, j'ai tant besoin de ta voix. )



Sincèrement, il espérait que Bill ne comprendrait pas tout. Il voulait qu'il voit ça seulement comme un message d'amitié, il avait peur de le perdre. C'est pourquoi il n'osait pas croiser son regard car il savait très bien que Bill arriverait à lire en lui, à sonder son coeur. Cette chanson voulait dire tellement pour lui....


Stripped and pollished, I am new, I am fresh.
I am feeling so ambitious; you and me, flesh to flesh.
Because every breath that you will take
while you are sitting next to me
will bring life into my deepest hopes.
What's your fantasy?

Déshabillé et poli
Je suis nouveau, je suis frais, je me sens si ambitieux
Parce que chaque souffle que tu prends
Pendant que tu es assis à côté de moi
Quelle est ta fantaisie?
 




Tom essayait de ne plus penser à la signification des paroles, seulement aux sentiments qu'il pouvait y mettre. Sans doute en faisait il trop ou pas assez, il n'avait jamais su trouver le juste milieu. Il tentait aussi de résister à la tentation de croiser le regard chocolat de Bill, de ne pas succomber à l'envie de voir sa réaction. Il s'accrochait, il s'accrochait...


And I'm tired of being all alone,
and this solitary moment
makes me want to come back home.
( I know everything you wanted isn't anything you have.)

Et je suis fatigué d'être seul
Et ce moment de solitude me donne envie de renter à la maison
(Je sais que tout ce que tu as n'est pas ce que tu veux)




A travers ce texte, Tom confiait sa peur des autres mais aussi de l'isolement. Après avoir goûter à la présence de Bill, il était tétanisé à l'idée de se retrouver seul. Dans un même temps, il avait peur de partager son quotidien de dévoiler ses défauts, que Bill lui demande de partir. Et puis, il était tellement habitué à vivre seul qu'il aurait du mal à devoir tout partager, à laisser Bill s'introduire dans sa vie. C'était précisément pour ça qu'il lui avait crié dessus le jour où il avait trouvé ses coquillages, Tom ne supportait pas que Bill ose toucher quelque chose d'aussi privé. Mais après tout, il avait bien toucher son coeur alors...Une fois de plus, il était partagé entre l'envie et la peur d'avancer.
Et il commit l'erreur de croiser le regard du brun. Bill le fixait intensément, l'analysait. Et Tom sut qu'il avait deviné. Le guitariste avait été piégé, attrapé par son regard et ses sentiments avaient été mis à jour.

Stay with me to night
Reste avec moi ce soir.

Dès que la dernière eut retentit, Tom s'enfuit en courant, incapable de supporter le regard interrogateur de Bill. Il lui était plus facile de s'échapper que d'affronter les reproches, le dégoût ou la pitié du brun. Il ne voulait pas l'entendre dire des choses comme « Sale PD je te déteste » ou « Tu me dégoûtes ». Il se dégoûtait déjà suffisamment lui même, pas besoin que Bill en rajoute une couche...
Il réfléchissait à toute vitesse, seul sur sa plage adorée. Qu'allait-il bien pouvoir faire maintenant que Bill allait l'abandonner? Ayant connu la solitude toute sa vie, ça n'allait pas être si difficile d'y retourner non? Tom soupira, il savait très bien qu'il se mentait. Être sans Bill allait être horrible, c'était évident. Il avait besoin de lui, de sa présence, de son sourire, de ses paroles incessantes, il fallait à Tom quelqu'un pour le motiver, pour l'obliger à sortir de sa coquille. Il se voyait mal retourner à sa vie d'avant, seul avec sa guitare, sa plage et ses coquillages. De plus ses bégaiements reviendraient, il allait à nouveau retomber dans l'enfer de la honte. La plage serait vide sans Bill, sa maison serait vide, son coeur serait vide, Tom serait vide. Le brun et lui, c'était le jour et la nuit. Bill aimait sortir, parler, rencontrer du monde, il n'avait jamais peur de rien alors que Tom...Le guitariste aimait la solitude tout en souhaitant être entouré, il détestait sortir, préférait le calme à l'agitation, parlait peu et surtout, une peur panique lui tordait constamment l'estomac.

- Je savais que tu serais ici, espèce d'idiot, vociféra derrière lui la voix de Bill.

A sa vue, l'angoisse de Tom redoubla. Bill avait les mains posaient sur ses hanches, tandis que ses yeux lançaient des éclairs en direction du guitariste. Il était pire qu'en colère, il était déçu.

-T'es parti comme un connard, t'as fui comme un lâche.
-Tu...tu vvvvoulais que.....que je te diiiii...ise quoi?

Et voilà, manquait plus que ça! Envahi par la terreur, il re commençait à bégayer, génial!

-Arrête un peu de bégayer, assume merde! T'aurais pas pu me le dire avant au lieu de déballer ça devant tout le monde et de me prendre au dépourvu? Et surtout, t'aurais pas pu t'expliquer après?

Alors là, c'était la meilleure. Il croyait que Bill lui en voulait seulement d'être parti, mais il lui en voulait aussi parce qu'il venait de lui avouer ses sentiments. La réaction de Bill était incompréhensible et illogique.

-Que je t'explique quoi? T'aurais réagi comment si je t'avais dit que j'étais qu'un putain d'homo de merde amoureux de toi? Tu vois bien là, tu me hurles dessus comme si j'étais inhumain! Je sais pas ce qui te dérange le plus, mes sentiments pour toi ou le fait que je sois un homme, hurla Tom.

Etrangement, son bégaiement avait disparu aussi vite qu'il était venu. Il avait constaté que la colère l'empêchait d'avoir peur, et donc de buter sur les mots. Il n'avait plus peur d'avouer à Bill ses sentiments et il ne savait pas très bien lequel des deux était le plus déçu, Bill ou lui. Inconsciemment, il avait toujours imaginé que Bill ne le jugerait pas, qu'il accepterait sinon son amour au moins son homosexualité. Le brun était d'ordinaire plutôt ouvert d'esprit, alors qu'est-ce qui n'allait pas?

-Tu ne comprends rien Tom, je...bafouilla maladroitement Bill.
-Je trouve que c'est plutôt clair, le coupa Tom. T'es juste comme tous ces homophobes, t'as peur de ma différence, que je te tripote ou je sais pas trop quoi. Mais je n'y peux rien, mes sentiments sont là. J'ai essayé de lutter contre, de les enfouir au plus profond de mon coeur, mais rien y fait. Alors oui j'ai honte de moi, d'être un sale pervers dégoûtant attiré par les mecs, mais toi tu me dégoûtes encore plus.


A la suite de ces paroles, ce ne fut pas Tom qui prit la fuite, mais Bill. Et ce soir là , les étoiles ne brillèrent pas dans le ciel.



Une semaine, 174 heures et 12 minutes qu'il n'avait pas parlé à Bill. Cette longue période lui avait permis de réfléchir. La réaction de Bill lui semblait un peu moins incompréhensible, Tom commençait même à le comprendre un peu trop. Qu'aurait-il fait à sa place? Aurait-il accepter que son meilleur ami lui déclare sa flamme devant des inconnus? Non, certainement pas. Tom l'aurait évité, ne lui aurait plus jamais parlé quitte à perdre une amitié précieuse. Mais Bill avait un sacré caractère, alors forcément il s'était laissé emporté. Oui, il essayait de comprendre Bill, il essayait vraiment. Mais il y avait toujours cette part de lui, celle qui lui disait « Bill est comme les autres, il te rejette ». Et Tom avait fondé tellement d'espoirs, avait tellement cru en une amitié sincère, qu'il ne pouvait être que cruellement déçu. Il se maudissait intérieurement d'avoir pu pensé que quelqu'un comme Bill ait pu l'apprécier lui...En fait, il n'avait sans doute été qu'un bouche-trou, comblant la solitude du brun durant ses longues vacances.
Il savait que ses paroles avaient été cruelles et injustes, il s'en voulait énormément, mais il réalisait aussi qu'il n'était pas complètement en tord. Certes il avait accusé Bill et ne lui avait pas laissé le temps de s'expliquer, mais ce n'était pas lui qui avait commencer à hurler et à agir comme un gamin égoïste. Il devait pourtant reconnaître que Bill lui manquait, encore plus que ce qu'il avait pu imaginer. Lorsqu'il passait devant une boutique, il se disait que Bill aurait adoré ce fabuleux jean, il souriait tristement en laissant filer le sable entre ses doigts, se rappelant que Bill aimait faire ce geste en philosophant sur la vie et le temps qui passe. Il croyait le voir, l'entendre, le sentir, partout, à chaque coin de rue. Il était le mal-aimé d'Apollinaire, cherchant lui aussi son inaccessible amour. Par dessus tout, il voulait des explications, être fixé sur son sort, savoir si Bill le rayait définitivement de sa vie ou pas. Si les choses étaient clairement établies, Tom se disait qu'il arriverait plus facilement à faire le deuil de leur relation, à ne plus s'accrocher à lui, au rêve qu'il représentait. Il savait que Bill, avec son tempérament têtu et borné, ne ferait pas le premier pas cette fois-ci, alors, pour leur bien commun, il avait décidé que se serait lui.
Pour être sûr que Bill ne tente pas de l'éviter, il était retourné derrière les rochers qui l'abritaient les après-midis où il observait le brun. Malgré leur dispute, Tom avait continué à l'espionner, il n'arrivait pas à s'en empêcher. C'était pervers et malsain, mais ça lui était devenu vital.

Il était tellement beau, son corps parfait étendu sur l'eau, ses cheveux s'étalant autour de son visage. Ce tableau était tellement idyllique que Tom eût honte de le casser lorsqu'il s'approcha doucement de Bill, se fichant royalement de tremper son pantalon jusqu'à mi-cuisses.

- Je n'ai pas envie que tu partes alors qu'on se fait toujours la gueule et je suis désolé, dit-il maladroitement, ne sachant pas quels mots employer.

Ne l'ayant pas vu, Bill sous la surprise, coula à moitié sous l'eau, buvant sans doute légèrement la tasse. Tom n'en fût que plus embarrassé, Bill allait vraiment lui en vouloir.

-Tu n'as pas à l'être, déclara le brun après avoir repris ses esprits.
-Si je...
-Laisse-moi finir! J'ai été stupide, mais j'avais seulement peur.

Peur? C'était donc ce sentiment que Tom avait vu briller dans ses yeux l'autre soir? Il était choqué, d'ordinaire c'était lui le trouillard, pas Bill. Et puis, de quoi avait-il bien pu avoir peur?

-Peur de quoi?
-De toi, de tes sentiments, des miens...Pour moi, c'est nouveau tout ça. Je n'ai jamais été attiré par un garçon, et ce malgré ce que tout le monde pouvait dire à mon sujet. Je n'ai jamais eu d'ami non plus, et je n'ai jamais été amoureux. Dès le début j'ai su que notre relation était spéciale, mais je pensais seulement à une forte amitié. Et puis, je me suis rendu compte que si je me faisais plus beau, c'était parce que j'allais te voir le soir même, que j'aimais le son de ta voix, qu'elle créait en moi comme de petites explosions étranges, que j'avais des frissons lorsque tu me touchais. Je n'arrêtais pas de me demander ce que tu faisais lorsque nous n'étions pas ensemble et je t'imaginais à la place de toutes ces filles avec qui je couchais. Et surtout, il y avait mon coeur qui battait si fort que j'avais peur que tu finisses par l'entendre. Alors j'ai repensé à tous ces films, ces bouquins, où les symptômes de l'amour sont décrits et je me suis dis que...Mais je n'arrivais pas à me l'avouer, et toi là, tu m'as chanté cette chanson...J'était mort de trouille à l'idée que mes parents puissent me renier, que tout le monde me traite comme un pestiféré, je ne veux pas être assimilé à cette communauté d'homos un peu folles. C'était trop pour moi, je n'arrivais pas à supporter que tu m'étales la vérité en pleine face, alors je m'en suis pris à toi. J'étais désolé que tu aies cru que j'étais homophobe, mais je ne pouvais pas t'avouer la vérité, je voulais lutter contre ça. Et puis il y a eu cette semaine...Je me sentais horriblement seul et vide sans toi...Venir sur cette plage et regarder les étoiles n'avait plus de sens si tu n'étais pas là. Je voulais te demander pardon, mais tu connais mon caractère, j'aurais eu trop honte de moi si tu m'avais repoussé, ce qui aurait été tout à fait normal. Je ne sais pas comment tu as fait pour t'avouer ton homosexualité, c'est courageux...

Tom le regardait parler, incrédule. Son cerveau avait du mal à assimiler l'info tellement c'était invraisemblable. Alors cet ange, cet être si parfait à ses yeux, était amoureux de lui, simple mortel dont on s'était toujours moqué...Si Tom n'avait pas vu son petit air gêné, ses joues rouges et n'avait pas perçu la panique dans sa voix, il aurait pu croire à une affreuse blague, mais là...

-Je n'ai rien eu à m'avouer, ça fait partie de moi. Pour toi c'est difficile car tu as toujours aimé les filles mais moi j'ai toujours préféré les garçons. J'ai compris que ce n'était pas banal lorsque j'ai entendu les insultes. J'ai plus peur de toi que du regard des autres. Je ne veux pas te paraître ridicule avec ma timidité et j'avais peur de te dégoûter. Je ne connais pas les relations de couple ou même sexuelles, alors j'ai peur que tu me crois incapable. Tu me terrorises Bill, mais je ne peux pas nier ce que je ressens, c'est trop fort, tellement fort que ça me fait mal au coeur.

Il n'osait pas bouger, de peur de briser la magie du moment. Et puis, son corps ne lui répondait plus, paralysé à l'idée que maintenant, il lui fallait agir. Il crut que son coeur allait le lâcher lorsque Bill frôla doucement sa joue du revers de la main. Et il se rapprochait, si près, si près...

-Je peux? Murmurât le brun si près de ses lèvres que Tom respira l'air que son vis-à-vis expirait.

Pour toute réponse, Tom hocha légèrement la tête, et il sentit de suite les lèvres de Bill se coller tendrement aux siennes. La caresse était aussi légère qu'une plume, et Tom se dit que ses rêves les plus fous n'avaient pas fait honneur au brun car ses lèvres étaient beaucoup plus douces et sucrées en réalité. Il sentait Bill hésitant, ce qu'il trouva absolument adorable, alors ce fut lui qui commença à bouger ses lèvres contre celles du brun. Ce dernier dût prendre ce geste comme une invitation à aller plus loin puisqu'il passa lentement sa lèvre sur le piercing du blond, qui entrouvrit ses lèvres afin de permettre à une certaine langue coquine de rejoindre une camarade débordant elle aussi d'envie. Toutes deux commencèrent à s'apprivoiser doucement, puis plus profondément et passionnément, entrant dans une danse câline et sensuelle, tandis que Tom sentît les mains de Bill se poser sur ses hanches. Il ne put s'empêcher de sourire, victime d'une avalanche de bonheur.



Ils avaient passé quatre jours absolument parfaits. Ils n'étaient pas allés plus loin que les baisers et les câlins, ne se sentant pas prêts ni l'un ni l'autre à plus. Tout ceci était nouveau pour eux deux, ils ne voulaient rien précipiter, rien gâcher par faute de ne pas savoir se contrôler. Ils aimaient néanmoins provoquer l'autre, sentir son excitation monter, ce qui permettait à chacun de se dire qu'effectivement, ils se plaisaient, ils avaient envie de l'autre. Ils voulaient que tout reste parfait, découvrir ensemble l'amour et avancer sur le chemin de la vie. Leurs craintes respectives, bien qu'atténuées par la présence de l'autre, restaient présentes. Ils avaient tous les deux du mal à s'afficher en public, mais Bill était de loin le plus terrifié des deux. Il se sentait piégé, observé tel un animal dans une cage de zoo, le regard des passants, tantôt moqueur, tantôt admiratif, le dérangeait. Ne pouvait-on donc pas les laisser vivre? Quant à Tom, il avait toujours autant de mal à exprimer ses sentiments, que ce soit par les mots ou par les gestes. C'était toujours Bill qui l'embrassait, le guitariste ne prenait jamais les devants ayant peur de déranger Bill ou que celui-ci n'aie pas envie d'un baiser. Il savait que cette attitude dérangeait le brun, mais c'était plus fort que lui. Malgré tout cela, leur relation s'épanouissait, ils étaient bien ensemble et ne voyaient plus le temps passer. Sauf que dans 24h, ils devraient inévitablement se séparer car Bill devait rentrer chez lui.

-Tu comptes le dire à tes parents? Demanda Tom alors qu'il était allongé entre les jambes de Bill, leurs mains liées et leurs regards tournés vers la mer.

-Oui, j'y ai bien réfléchi et je crois que ce serait mieux. Je me fiche de ce que pensent les autres, de ce que diront mes amis, ma famille, la société en général. Si ils m'aiment vraiment, ils m'accepteront tel que je suis, ainsi que mes choix. Ils comprendront forcément que j'ai besoin de toi. D'ailleurs, j'ai un cadeau pour toi..., fit-il en fouillant dans ses poches.

-Moi aussi, annonça Tom en lui tendant un paquet, ne lui laissant pas le temps de sortir le sien.

Bill l'ouvrit précautionneusement, touché seulement de recevoir un cadeau. Il en recevait assez souvent, mais aucun ne venait du coeur, il faisait une liste que ses parents se chargeaient d'acheter. Mais là, ça venait de Tom, et rien que le paquet lui annonçait que c'était quelque chose de spécial. Et lorsqu'il le vit, Bill n'en crut pas ses yeux... Le coquillage de sa mère.

-Han, le coquillage de ta mère, fallait pas!
-Comment tu sais que c'était le sien?
-Tu avais l'air d'y faire plus attention et tu l'avais mis en évidence.
-Quel sens de l'observation! J'y tiens parce qu'elle me l'a offert juste avant d'entrer à l'hôpital. Nous étions sur la fameuse plage et elle l'a trouvé puis me l'a donné, me disant que lorsque je me sentirais seul, je n'avais qu'à le regarder pour être avec elle...Elle est morte 3 mois plus tard.
-Tu y tiens, c'est ton dernier souvenir d'elle, je ne peux pas le...
-Maintenant que tu es là, je ne suis plus jamais seul. Et puis tu m'es plus précieux que ce coquillage et je sais que tu en prendras soin.

Pour toute réponse, Bill l'embrassa tendrement. C'était la plus belle preuve d'amour qu'il ait jamais reçue, elle lui retournait complètement le coeur. Il était fier de constater l'évolution de Tom, son épanouissement et de se dire qu'il y était peut-être pour quelque chose.

-Regarde dans ma poche Tom, il y a quelque chose pour toi.

Tom, curieux, fourra précipitamment sa main dans la poche de son compagnon. Etonné, il en sortit...

-Des clés?
-Celles de mon appart.

Le regard de Tom navigua entre les clés et Bill. Est-ce que ça voulait dire ce qu'il croyait que ça voulait dire?

-Tu veux que j'habite avec toi?
-Oui, si...tu le veux. Je sais que c'est fou et précipité mais j'ai pas envie de te quitter, alors je me suis dis que tu pouvais garder ta maison et venir avec moi, mais si tu ne...
-Je t'aime Bill, alors c'est oui.

Ils avançaient, ensemble. Ces deux cadeaux était une promesse implicite, chacun jurant à l'autre « j'ai des défauts, j'ai peur, mais je ferais des efforts, pour toi ». Pour Bill, c'était un moyen de lui prouver qu'il était fier de leur amour, tandis que Tom voulait montrer à son brun qu'il était là pour lui, prêt à partager pleinement sa vie.
Tom sourit, tout ceci confirmant ce qu'il pensait depuis des années: cet endroit était réellement magique.



# Posté le mardi 08 septembre 2009 14:08

Modifié le mardi 01 décembre 2009 12:26

OS Troisième: "Coeur de fan"

OS Troisième: "Coeur de fan"
Titre: Coeur de fan
Date de réalisation: 25 octobre 2009





"Coeur de fan"







Cher toi,






Tu ne me connais pas je sais, mais moi oui. Enfin, je connais ce que tu veux bien montrer de toi, ton apparence, tes sourires et tes phrases pseudo-romantiques. Tu es un pur concentré de rêves. Mais, et sûrement n'est-ce qu'une illusion, j'ai l'étrange impression de te connaître mieux que tu ne le crois. Chacune de tes chansons a recueilli mes larmes et quelques fois mes sourires, et cela depuis maintenant près de 3 ans. Qui étais-je avant cela et qui suis-je aujourd'hui? Je ne le sais pas. Et après tout ce temps, je n'arrive pas à croire qu'il n'existe aucun lien entre nous. C'est étrange la façon dont tu arrives à mettre des mots sur chacune de mes émotions, toi star adulée par des milliers de fans à travers le monde. Au fond, en quoi nos vies se ressemblent? Toi et ta perfection, moi et mon inhumanité. Oui je suis quelque part, là dehors, avec des larmes sur le visage*. Tu dis te sentir comme un humanoïde, étranger aux humains qui t'entourent, mais égoïstement, je ne peux m'empêcher de penser que c'est bien pire pour moi. Tu es ce que je ne serai jamais et tu as tout ce dont je n'ose même pas espérer. Toi, ange parmi les hommes et moi simple mortelle. Bien sûr que je ne veux pas de mon coeur, de la douleur, de ma tête et de cette merde**, je souhaite corps et âme que tu me l'enlèves, que tu me sortes de ce monde pourri dans lequel je moisis. Personne ne comprend mon amour aveugle pour toi, ils me prennent soit pour une folle soit pour une simple groupie et disent que je devrais m'intégrer à la vraie vie au lieu de m'enfermer dans ton monde utopique. Mais dès que j'essaye, le monde me fait mal, il m'agresse alors qu'avec toi... Tes artifices rendent tout plus facile. Malgré que je sois entourée, personne ne me comprendra jamais, je sais que je suis condamnée à rester seule dans ma tête, seule pour supporter mes maux et à cacher mes larmes derrière de factices sourires. Je veux juste que l'on m'aime, que j'aide les gens comme toi tu le fais. Toi, tu auras toujours ton frère, ton jumeau, ta moitié, vous ferez constamment front ensemble, bloc solide et inattaquable. Tu peux clamer que tu te sens seul, tu ne comprendras jamais la solitude des uniques. Et ils prennent un malin plaisir à me rappeler mon inhumanité durant les rares moments où j'arrive à en faire abstraction. La tranquillité n'est pas pour moi, ni pour toi je le crains, car tu es condamné à la perfection permanente. C'est dur d'être un ange. Comprends-moi, aide-moi, sauve-moi, je t'en prie. Je sais que des milliers de fans pensent pouvoir partager mes sentiments et mon amour, mais ils ne sont pas moi, n'ont pas mon passé tout comme je n'ai pas le leur. Je n'ai pas la prétention de prétendre souffrir plus qu'eux, mais si cette lettre arrive un jours entre tes mains, sache que tu m'aides à supporter mon existence autant que tu me fais sombrer. C'est terrible de réaliser que je en pourrais jamais n'être que moi, et malgré tous mes efforts, ne parviendrai point à égaler ta magnificence. Peut-être aurais-je une vie, plus d'amis, serais-je amoureuse si je ne t'avais pas connu, toi et ton putain de groupe, toi et tes paroles, toi et ton sourire étincelant? Mais non, je ne parviens pas à me l'imaginer, comment tiendrais-je le coup? Qu'ils rient donc ces médisants, je vous aime et je n'y peux rien, ce n'est pas faute d'avoir essayé. Ils ne savent pas tous ces autres, ils ne savent pas à quel point j'ai besoin de vous.
Certains passent leur vie à chercher un point de repère, une étoile dans le ciel noir, grâce à toi je l'ai trouvée. Tu éclipses tous les autres astres par ta brillante beauté,depuis que je te connais je me suis affirmée, j'ai accepté ma différence. Cependant et paradoxalement, tu es un putain de menteur. Tu me fais croire que toi aussi tu as besoin de moi, que tu seras là, mais c'est faux. Tu m'emmènes dans ton monde, rempli d'amour, de rêves assouvis et de paillettes, ce qui rend la chute, le retour à la réalité d'autant plus brutal. Je te hais autant que je t'admire, starlette de merde.

Je ne signerai pas cette lettre, c'est inutile que tu connaisses mon identité, tu ne me répondras pas. Je veux seulement que tu connaisses mes ridicules sentiments pour la rockstar que tu es et saches à quel point tu as bouleversé, tant en bien qu'en mal, la vie d'une insignifiante fan.




*Paroles de Zoom de Tokio Hotel
**Paroles d'Humanoïd de Tokio Hotel

# Posté le dimanche 25 octobre 2009 09:36

Modifié le mardi 01 décembre 2009 12:27